Deux postures, deux discours : la “pause” annoncée par Leslie Voltaire, signe que la résolution ne tient plus — le CPT recule-t-il sous la pression internationale ?

La conférence de presse tenue à la Villa d’Accueil, au cœur d’un climat politique déjà tendu, laisse derrière elle plus de questions que de certitudes. En évoquant une « pause » destinée à élargir le dialogue à une frange plus large de la classe politique et à la société civile, le conseiller-président Leslie Voltaire introduit un nouveau virage dans une crise qui semblait pourtant suivre une trajectoire claire : celle d’un bras de fer assumé autour du maintien ou du renvoi du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.

Selon Leslie Voltaire, cette pause doit permettre des consultations supplémentaires, avec une décision attendue au plus tard le 6 février. Une annonce qui surprend, tant elle contraste avec le ton ferme adopté précédemment par Leslie Voltaire et d’autres membres du CPT, lesquels affirmaient ne pas redouter la pression internationale. Désormais, l’hypothèse d’un ralentissement, voire d’un recul stratégique, prend corps au sein de l’opinion publique.

Cette séquence ravive une interrogation majeure : la résolution signée par cinq conseillers-présidents, et jusque-là bloquée par le droit de veto du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, tient-elle encore ? La notion de « pause » sonne comme un aveu implicite que le processus ne suit plus la dynamique initiale, ou qu’il se heurte à des obstacles plus lourds que prévu, notamment sur le plan diplomatique.

Car la pression internationale s’intensifie. Dans les couloirs politiques, la menace de sanctions ciblées circule avec insistance. Les États-Unis et le Canada, selon plusieurs sources, haussent le ton et mettent en garde contre toute tentative de déstabilisation institutionnelle. Des informations font état de pressions directes visant des proches et des familles de membres influents du CPT, une stratégie qui, si elle se confirme, change radicalement les calculs politiques internes. Le CPT se retrouve ainsi face à une équation explosive : maintenir une ligne dure au risque d’un isolement international et des sanctions, ou temporiser pour éviter des conséquences personnelles et politiques.

Dans ce contexte, les déclarations publiques d’Edgard Leblanc Fils et de Leslie Voltaire alimentent davantage la confusion. Tandis que Leslie Voltaire parle de consultations et de délai, Edgard Leblanc Fils annonce, lui, la publication prochaine dans Le Moniteur de l’arrêté visant à nommer un nouveau Premier ministre. Mais aucune précision n’est apportée sur la méthode, sur la procédure, ni sur la capacité réelle du CPT à imposer une telle décision dans un climat de tensions internes, de contestations et d’absence de consensus visible.

Plusieurs zones d’ombre demeurent. Edgard Leblanc Fils affirme que Fritz Alphonse Jean se trouve dans le Nord. Si tel est le cas, pourquoi les deux autres conseillers-présidents, Smith Augustin et Louis Gérald Gilles, signataires de la résolution, et pourtant présents dans l’enceinte même de la Villa d’Accueil, ne participaient-ils pas à cette conférence de presse ? Leur absence interrogait. S’agissait-il d’un désaccord interne ? D’une stratégie de retrait ? D’une volonté de ne pas apparaître en première ligne au moment où l’international durcit sa posture ? Ou bien le front présenté comme uni se fissurait-il au moment décisif ?

Au final, la scène de la Villa d’Accueil ressemble à un théâtre où chacun avance avec sa propre partition, parfois au mépris de la cohérence d’ensemble. Entre annonces de pause, promesses d’arrêtés imminents et silence de certains signataires, le CPT renvoie l’image d’un pouvoir fragmenté, où les lignes de commandement se superposent sans se rejoindre.

Pendant que ces déclarations s’enchaînent dans un climat chargé de contradictions, une autre image s’impose, plus institutionnelle et plus lisible : celle du coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, accompagné du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ainsi que des conseillers-présidents Emmanuel Vertilaire et Frinel Joseph, présents à l’Académie de police pour la graduation de la promotion P4000, marquant la 35e promotion de la Police nationale d’Haïti.

Deux scènes, deux signaux opposés : d’un côté, un CPT qui s’expose dans l’incertitude et l’improvisation à la Villa d’Accueil ; de l’autre, une démonstration de continuité de l’État autour de la PNH, au moment où la sécurité reste l’urgence absolue.

Reste une question centrale : la pause annoncée par Leslie Voltaire est-elle un choix politique responsable pour élargir le consensus, ou le signe d’un CPT contraint de reculer sous le poids des pressions internationales ? Et surtout, jusqu’au 6 février, qui dirige réellement la transition : ceux qui parlent d’arrêtés, ou ceux qui contrôlent les leviers institutionnels sur le terrain ?

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