Port-au-Prince — La Délégation de l’Union européenne en Haïti, accompagnée des Ambassades d’Allemagne, d’Espagne et de France, a publié ce jeudi une déclaration conjointe sur la situation politique en Haïti, dans un contexte de fortes tensions au sommet de l’État et de manœuvres attribuées à certains membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) visant à changer la direction du gouvernement à quelques jours de la fin du mandat de cette structure.
Dans cette déclaration locale, l’Union européenne, l’Allemagne, l’Espagne et la France réaffirment leur engagement, « comme de nombreux autres acteurs de la communauté internationale », à soutenir Haïti dans ses efforts pour recouvrer la sécurité, la prospérité et la démocratie. Les partenaires européens soulignent que cet engagement est exceptionnel, notamment à travers le soutien direct apporté aux forces de sécurité nationale et le déploiement de la Force de Répression des Gangs, présenté comme un symbole de solidarité renouvelée de la communauté internationale envers Haïti et le peuple haïtien.
Tout en rappelant cet appui, les diplomates européens lancent un appel clair aux autorités de transition. Ils exhortent les responsables haïtiens à agir « avec responsabilité et sens de l’intérêt général », au moment où la stabilité institutionnelle apparaît comme un facteur déterminant pour maintenir la dynamique sécuritaire en cours.
Le passage le plus sensible du communiqué concerne la question d’un éventuel changement à la tête du gouvernement. L’Union européenne et les trois ambassades estiment qu’un remplacement du Premier ministre à quelques jours de la fin du CPT « mettrait en péril la dynamique encourageante des forces de sécurité contre les gangs criminels ». Une mise en garde directe qui intervient alors que la lutte contre les groupes armés est considérée comme l’axe central de la transition, dans un pays où l’insécurité continue de provoquer déplacements forcés, paralysie économique et crise humanitaire.
Pour les signataires, le message est sans équivoque : le rétablissement de la sécurité doit demeurer « la priorité absolue de la transition ». Ils suggèrent ainsi qu’à ce stade critique, toute recomposition politique risquerait de fragiliser les opérations en cours, de ralentir la coordination des forces de sécurité et d’ouvrir une nouvelle phase d’instabilité institutionnelle.
Cette déclaration, publiée simultanément en français et en créole haïtien, traduit une volonté de s’adresser directement à la population et aux acteurs politiques. En rappelant l’importance de la sécurité comme condition préalable au retour à la démocratie, l’Union européenne et ses partenaires européens cherchent visiblement à dissuader toute initiative susceptible de détourner l’attention de l’objectif principal : reprendre le contrôle du territoire, affaiblir les gangs et créer les conditions nécessaires à des élections crédibles.
Dans un contexte où les signaux internationaux se multiplient, cette prise de position européenne renforce la pression sur les autorités de transition. À quelques jours d’échéances décisives, les partenaires d’Haïti semblent vouloir tracer une ligne claire : priorité à la stabilité, à la sécurité et au respect de l’intérêt général.

