Port-au-Prince — La crise s’intensifie au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT), où un nouveau bras de fer oppose l’actuel coordonnateur de l’institution, Laurent Saint-Cyr, à plusieurs conseillers-présidents. Selon des informations concordantes, une manœuvre de renversement serait désormais ouvertement évoquée, sur fond de désaccord autour d’un arrêté controversé et d’un rapport de force interne qui pourrait dégénérer en tentative de putsch institutionnel.
D’après des sources proches du dossier, cinq conseillers sur sept avait approuvé le remplacement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Cependant, malgré cette majorité, le coordonnateur du CPT, détenteur d’un droit de veto, refuse encore de signer l’arrêté devant officialiser cette décision et permettre sa publication dans la presse nationale, disant qu’il s’agit d’une affaire personnel, pour lui on doit prioriser le Collectif.
Ce refus de signature serait aujourd’hui au cœur des tensions. Des conseillers-présidents, réunis actuellement à la Villa d’Accueil, auraient fait savoir que si Laurent Saint-Cyr persiste à ne pas signer l’arrêté, ils envisagent de passer à une étape supérieure : adopter une résolution visant à le renverser et à désigner un nouveau coordonnateur, jugé plus disposé à entériner la décision et à la transmettre officiellement au presse nationale.
Pour plusieurs observateurs, cette démarche s’apparente à une tentative de mise à l’écart du président-coordonnateur par une voie accélérée, dans un contexte où les règles internes et l’équilibre institutionnel sont déjà fragiles. Le climat est devenu particulièrement tendu au sein du CPT, chacun des camps se préparant à défendre sa position.
Du côté de Laurent Saint-Cyr et de son entourage, la vigilance est maximale. Selon des proches, le coordonnateur du CPT suit de très près cette offensive interne et considérerait toute tentative de renversement comme une ligne rouge. Il aurait, toujours selon ces mêmes sources, fait savoir qu’en cas de passage à l’acte, il sollicitera le soutien des forces de l’ordre, notamment la Police nationale d’Haïti (PNH) et les Forces armées d’Haïti (FAD’H), afin de préserver l’ordre institutionnel et empêcher ce qu’il qualifie de coup de force.
Cette nouvelle tension survient alors que la transition traverse déjà une phase critique, à l’approche de l’échéance du 7 février 2026. Dans un pays confronté à une insécurité persistante, à une crise humanitaire profonde et à une pression croissante pour organiser des élections, les luttes de pouvoir au sommet de l’État alimentent l’inquiétude et l’incertitude.
Pour de nombreux citoyens, l’enjeu central demeure la stabilité institutionnelle, indispensable au rétablissement de l’autorité publique et à la préparation d’un processus électoral crédible. Mais au sein du CPT, la bataille autour du contrôle de la coordination semble désormais prendre le dessus, au risque de fragiliser encore davantage la transition.
Alors que les discussions se poursuivent à la Villa d’Accueil, l’évolution de ce dossier pourrait déterminer la suite immédiate du processus politique. Une chose est certaine : le CPT apparaît plus divisé que jamais, et chaque décision prise dans les prochaines heures pourrait peser lourd sur l’avenir de la gouvernance transitoire.

